Par temps de crise, seule l’ambition de réaliser des projets démesurés et créatifs est raisonnable ! Elle est même l’arme décisive pour lutter contre le déclin. L’ouverture de la Philharmonie en est la preuve.
Paris est en train de redevenir une vraie capitale culturelle, sans égale dans le monde.

Qui n’a pas été impressionné par cette semaine d’octobre, où l’effervescence autour du Grand Palais pour la Fiac le disputait à la beauté du nouveau musée Picasso, concurrencé par la grandeur aérienne de la Fondation Louis Vuitton et ce, juste après la Biennale des Antiquaires qui attire des collectionneurs des cinq continents ?

C’est l’insolence française que de savoir rester dans l’excellence grâce à l’art et à la culture. Nous sommes attendus. Nous sommes espérés… Ne boudons pas cette rare opportunité, où le French bashing est pour une fois délaissé.
Et arrêtons d’écouter ceux qui disent que les investissements dans la culture sont des dépenses improductives ! Ce sont justement les plus rentables, en terme de rayonnement, de tourisme et d’effets induits.

L’État doit continuer d’affirmer sans complexe la vision qu’il porte pour l’attractivité et la grandeur de notre pays, en se faisant stratège et financier.
Sans la volonté d’un Président de la République, d’un Premier ministre, d’un gouvernement, aucun des grands projets qui, aujourd’hui, ont l’évidence du succès n’auraient vu le jour. Qu’il s’agisse par exemple du Grand Louvre, de Lens ou d’Abu-Dhabi, du musée du Quai Branly ou du Mucem, du Centre Pompidou ou du Musée d’Orsay, de Monumenta au Grand Palais ou de l’Opéra Bastille.

Les querelles politiciennes sur ces grands enjeux doivent être laissées au vestiaire des résignés, des intégristes du patrimoine, qui préfèrent de loin que rien ne se passe plutôt que d’accepter le changement et la vision nouvelle.
Il faut le dire très fort : pour rester un pays admiré dans le monde entier, il faut imaginer, réaliser, innover.
Alors oui, affichons avec éclat que la Philharmonie de Paris est une lourde dépense, mais soyons collectivement fiers de l’avoir rendue possible, d’avoir su arbitrer contre les faux prophètes et les conservateurs étriqués, Et reconnaissons que si nous ne partons à la recherche de nouveaux publics, et bien des pans entiers de culture vont disparaitre. C’est ça le vrai challenge de la Philharmonie.

Pierre Boulez, conscient de ce besoin de renouvellement, et qui a tant lutté pour que cette salle existe, finissait par douter de la clairvoyance des élus de son pays. Le 14 janvier prochain, jour de l’inauguration, sera, en quelque sorte, l’aboutissement de son engagement au service de toutes les musiques et de tous les publics.

Avant même que le Grand Paris n’existe dans sa forme juridique et politique, la Philharmonie en est le symbole le plus éclatant. Tout d’abord, parce qu’au delà des clivages politiques stériles, ce vaisseau amiral est issu d’un arc-en-ciel, où l’intérêt national a rassemblé dans un même élan le Président Jacques Chirac, le maire de Paris Bertrand Delanoé et le Gouvernement Villepin, Et tous leurs successeurs, toutes tendances politiques confondues.
La beauté et la force de l’Auditorium et des espaces crées par Jean Nouvel au bord du périphérique ,porte de pantin, sont une main tendue, un lieu fraternel et magistral, qui impulse une énergie irrésistible à faire pâlir New-York ! Oubliés alors les débats sur la localisation, les transports et le parking. Le lieu s’impose par lui même.
La vue sur Paris et la banlieue depuis les terrasses et le toit de ce Palais de la musique de 100 000 m2 est ainsi une incitation à franchir les clivages géographiques et sociaux. C’est une promesse de réconciliation .

Lorsque s’y croiseront ,grâce à la détermination et à la programmation impressionnantes de Laurent Bayle et de son équipe, tel orchestre emblématique jouant le soir même et tel autre répétant pour les prochains jours ou réalisant un enregistrement, lorsque de nombreux ateliers pédagogiques accueilleront des jeunes par classe ou individuellement, que d’autres recevront l’enseignement pour l’instrument qu’ils pratiquent, alors nous pourrons tout simplement nous dire qu’il fallait effectivement oser, décider, financer, réaliser et bien sur faire vivre.

La Philharmonie est un hymne à l’action publique, la Fondation Vuitton la célébration de la volonté d’un homme rendue possible par la performance d’un grand Groupe privé. C’est le contraire d’un antagonisme. Mais le mécénat ne pourra jamais se substituer à l’Etat. Cette addition multiforme d’énergies exceptionnelles doit inciter à l’initiative, au lancement de nouveaux défis culturels.

Nous avons entre les mains les clés d’un avenir économique qui rendra admiratifs de la capacité française les comptables de Bruxelles comme les acteurs politiques dubitatifs à la tête de certains pays européens.
Souhaitons que, forts et confiants en nous mêmes, nous sachions multiplier les défis et les opportunités. Construire coute cher, mais toutefois moins qu’une mauvaise dépense de fonctionnement.

Rien n’est plus raisonnable que l’audace. Au lieu de dire non à toute initiative, préférons redevenir des pionniers généreux. Ouvrir davantage un lieu, faire de chaque centimètre carré de notre territoire une chance concrète, en le confiant à des artistes et des créateurs, est à notre portée dans cette conjoncture financière difficile. La transfiguration de la voie routière Roissy-Paris en vitrine technologique et paysagère des talents de France en serait une parfaite illustration !

Faire naître et se développer dans nos haut-lieux du patrimoine 1000 projets, des Villas Médicis du 3ème millénaire, pluridisciplinaires et numériques, en les aidant à briser les résistances qui les condamnent, c’est un grand dessein pour le Président de la République. Un nouveau Grand Projet ! Vive l’arc en ciel de la culture !